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Festival international de Hammamet : Marcel Khalifa, le chant d'une mémoire vivante

À guichets fermés, Marcel Khalifa a retrouvé le public de Hammamet pour l'un des rendez-vous les plus attendus de cette 60ᵉ édition. Une soirée où la poésie, la musique et l'engagement se sont unis dans une même émotion.

La venue de Marcel Khalifa figurait parmi les temps forts de la 60ᵉ édition du Festival international de Hammamet. Annoncée complète plusieurs semaines avant le concert, la soirée a réuni un public de mélomanes venu retrouver l'une des grandes figures de la musique arabe contemporaine, dont les liens avec la Tunisie ne se sont jamais démentis.

Compositeur, chanteur et maître du oud, l'artiste libanais a offert un concert où la musique s'est faite langage de la mémoire, de la poésie et de la liberté. Fidèle à son univers, largement nourri des textes du poète palestinien Mahmoud Darwich, Marcel Khalifa a livré un spectacle d'une rare intensité, mêlant virtuosité musicale et profondeur humaniste.

Dès son entrée en scène, le temps semblait suspendu. Pendant plus de deux heures, l'artiste a déroulé un répertoire qui traverse les générations sans rien perdre de son pouvoir d'émotion. Entouré de cinq musiciens virtuoses, aux violons, qanun, oud, flûtes, darbouka et percussions, il a façonné un paysage sonore où chaque instrument prolongeait la voix et les silences du maître.

Au fil d'une dizaine de compositions, parmi lesquelles « Rita », « Intadherha », « Fel Bal Oghniya », « Salaat » et l'incontournable « Ila Ommi », Marcel Khalifé a évoqué l'exil, l'amour, la famille, la spiritualité et la dignité des peuples. Les textes de Mahmoud Darwich ont retrouvé toute leur force, portés par une interprétation sobre et profondément habitée.

Entre les morceaux, le musicien a également pris la parole pour évoquer les drames qui traversent le monde arabe, rendant hommage aux réfugiés, au peuple de Gaza ainsi qu'au Liban meurtri. Avec « Salaat », il a adressé un salut poignant à son pays natal et à ses villages meurtris par les conflits, rappelant que la musique demeure un acte de mémoire autant qu'un appel à la paix.

L'un des moments les plus émouvants de la soirée est venu avec « Ila Ommi », ode intemporelle à la mère et à la tendresse filiale. Dans un amphithéâtre suspendu à sa voix, la chanson a suscité une émotion palpable, avant d'être saluée par une longue ovation.

À Hammamet, Marcel Khalifa n'a pas seulement interprété un répertoire devenu incontournable. Il a rappelé que la musique peut être à la fois un refuge, une mémoire et une forme de résistance. Une soirée d'une rare intensité, portée par un artiste dont l'œuvre continue de traverser les frontières, les générations et les consciences.

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