À El Haouaria, la fauconnerie reprend son envol. Jusqu’au 28 juin, la cité des éperviers célèbre un patrimoine ancestral unique en Tunisie à travers la 57ème édition de son festival, entre mémoire, biodiversité et transmission aux nouvelles générations.
La ville d’El Haouaria, à l’extrême nord-est du Cap Bon, vit depuis hier au rythme des rapaces. La 57ème édition du Festival de l’Épervier, sous le slogan « Un patrimoine ancien, une identité ancrée », met à l’honneur l’une des traditions les plus emblématiques de la région : la fauconnerie.
Créée en 1967 sous l’appellation de « Festival des chasseurs », cette manifestation, soutenue par le ministère des Affaires culturelles, demeure un événement unique dans le paysage culturel tunisien. Organisé par l’Association régionale des fauconniers du gouvernorat de Nabeul, le festival poursuit un double objectif : préserver l’art ancestral de l’affaitage, c’est-à-dire le dressage des rapaces, et assurer sa transmission aux jeunes générations.
Cette tradition est profondément enracinée dans les villes d’El Haouaria, de Kélibia et de Hammam Ghezaz, où la chasse au vol avec les éperviers et les autours des palombes se perpétue depuis des siècles. Située entre mer et montagne, face au détroit de Sicile, El Haouaria constitue un passage stratégique pour les oiseaux migrateurs, faisant de la région un haut lieu de l’observation ornithologique et de la pratique de la fauconnerie.
Depuis plusieurs années, des démarches sont entreprises afin d’inscrire cette tradition spécifique du Cap Bon sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Si la Tunisie ne figure pas encore dans le dossier multinational de l’Unesco consacré à la fauconnerie, elle possède néanmoins un patrimoine fauconnier riche et vivant.
L’art de la fauconnerie est aujourd’hui reconnu par l’Unesco comme une tradition multinationale rassemblant plus de vingt-quatre pays à travers l’Europe, le Moyen-Orient, l’Asie et l’Afrique. Cette reconnaissance internationale renforce l’importance des efforts entrepris pour valoriser et préserver la pratique tunisienne.
Entre patrimoine, écologie et développement local
Au-delà de la compétition, le festival se veut également un espace de réflexion sur l’environnement, le tourisme et le développement durable. Les différentes activités mettent en valeur les richesses naturelles de la région, notamment la proximité du parc national de Zembra et Zembretta, classé réserve de biosphère par l’Unesco depuis 1977.
L’ouverture de la manifestation a été marquée par le lancement des concours d’éperviers (Saf) et de faucons pèlerins (Borni), réunissant les fauconniers d’El Haouaria, de Kélibia et de Hammam Ghezaz.
Le programme de cette édition accorde également une place importante à la mémoire et à la sensibilisation. Aujourd’hui, le public pourra découvrir une exposition artisanale réalisée par le Centre d’éducation spécialisée de Borj Salhi, une rétrospective consacrée à l’histoire de la fauconnerie ainsi qu’un atelier vivant mettant en lumière la relation privilégiée entre le » biaz » (le fauconnier) et son rapace.
S’agissant du volet environnemental, il s’ouvrira demain avec un colloque consacré à la conservation de la biodiversité dans le mont d’El Haouaria, organisé en partenariat avec l’Association pour la Sauvegarde du Patrimoine Écologique et Naturel du Cap Bon (ASPEN).
Le festival proposera également une exposition d’arts plastiques de l’artiste El Hédi Ben Mami, une soirée cinématographique autour du dressage des rapaces ainsi qu’une visite de l’olivier millénaire d’Echraf. Âgé de plus de 2 500 ans selon les estimations, cet arbre monumental, considéré comme le plus ancien d’Afrique, constitue l’un des symboles du patrimoine naturel de la région.
La clôture, prévue le dimanche 28 juin, sera marquée par une compétition de ball-trap organisée par l’Association régionale des chasseurs de Nabeul, les finales des concours de rapaces et la cérémonie de remise des prix.
À travers cette 57ème édition, El Haouaria réaffirme ainsi son rôle de gardienne d’un héritage vivant où se rencontrent histoire, nature et identité locale.

